Communistes de Montrouge

L’école n’est pas un terrain de guerre !

dimanche 21 février 2010

Des actes de violence survenus récemment dans des lycées franciliens ont incité le ministre de l’Éducation nationale à déclarer, ce 16 février, qu’il convoquera, en avril, des « états généraux de la sécurité à l’école ».

Équipes mobiles de sécurité, vidéo-surveillance, clôtures et portiques, les remèdes envisagés relèvent encore une fois de l’affichage sécuritaire et sont, sans surprise, exactement les mêmes que ceux annoncés, l’année dernière, à un mois des élections européennes.

Très critiques, les organisations syndicales appellent à la mobilisation dans les collèges et lycées d’Île-de-France, contre les suppressions de postes et les réformes mises en œuvre par le gouvernement. Je veux leur faire part de mon soutien le plus total.

Nul ne conteste le besoin de sécuriser les établissements. Mais tous ceux qui s’intéressent de près à ces questions ou les affrontent au quotidien, savent bien que ces violences, qu’aucune caméra ne pourra jamais prévenir, sont celles de la société entière, qui souffre et s’échauffe. Elles résultent en particulier des politiques qui organisent les restrictions de tous ordres et génèrent des inégalités incompatibles avec le vivre-ensemble.

Ce dont notre jeunesse a besoin, c’est avant tout d’être au contact d’adultes capables de leur offrir des repères et des perspectives, dans un environnement serein. Dans des contextes familiaux et sociaux qui peuvent être difficiles, un service public d’éducation de qualité se doit d’offrir aux enfants la garantie d’être entourés, à l’école, de professionnels qualifiés et régulièrement formés, aux situations stables et rémunérés à la hauteur de l’importante responsabilité qui est la leur : former les hommes et les femmes de demain selon les valeurs de la République.

Or que fait la droite ces dernières années ? Elle organise la déstabilisation de l’école publique.

Budget après budget, le ministère vide les établissements du secondaire des adultes qui, aux côtés des enseignants dont les suppressions de postes se succèdent (40 000 en trois ans), contribuent à la vie scolaire des élèves : surveillants, conseillers principaux d’éducation, conseillers d’orientation psychologue, infirmières et médecins scolaires... Entre 2003 et 2009, le total des personnels d’éducation est ainsi passé de 97 727 à 81 300 personnes.

Ces décisions dangereuses font en outre peser sur les personnels de direction des contraintes de gestion de plus en plus fortes, qui les accaparent au détriment du pilotage pédagogique des établissements.

Les conditions de travail se dégradent. Les personnels, de plus en plus précaires, sont insuffisamment qualifiés et trop souvent sous-payés. Le métier d’enseignant n’a toujours pas été véritablement revalorisé, quand les postes ne sont pas tout bonnement occupés par des étudiants sans expérience et sans formation, ce qui sera encore plus fréquent avec la réforme des IUFM. La formation reste d’ailleurs en décalage avec les évolutions de la société et la recherche en sciences de l’éducation.

Si les événements les plus graves surviennent dans le secondaire, les difficultés commencent en réalité dès le premier degré. Le non-remplacement des maîtres absents est dramatique pour les élèves, tandis que les réformes Darcos sont en train de déséquilibrer l’école primaire. La semaine de quatre jours entraîne fatigue et manque de concentration chez les enfants. Ceux-ci ont de plus en plus de mal à profiter sereinement du temps scolaire, ce que n’ont pas facilité non plus la disparition des RASED et la modification des programmes.

Une des mesures annoncées par Luc Chatel dans le cadre du plan de rattrapage numérique à l’école -faciliter au domicile l’accès aux services en ligne de soutien et d’accompagnement scolaire par une exonération fiscale- semble être une occasion supplémentaire pour livrer les enfants à eux-mêmes.

Dans les quartiers, où l’on attend toujours le fameux plan Marshall capable de résoudre les inégalités d’accès à l’emploi, au logement, aux transports, l’assouplissement de la carte scolaire fait empirer la situation. Mais il y a quelques jours, le ministre du budget était pourtant fier d’annoncer que la Révision générale des politiques publiques (RGPP) permettra deux milliards d’économies en 2010.

Avant l’explosion, il faut agir. Les enfants, les enseignants et les personnels, ne peuvent continuer à être la chair à canon de cette idéologie libérale et les sacrifiés de ces bricolages budgétaires. L’école n’a pas vocation à devenir une forteresse, sorte de bunker déshumanisé dont les pourtours seraient autant de périmètres militarisés.

Nicolas Sarkozy et son gouvernement doivent renoncer à cette politique. Je souhaite que les prochaines élections régionales leur montrent clairement la voie et qu’un vote bien à gauche puisse faire que les « états généraux de la sécurité à l’école » se transforment en « états généraux de l’éducation ».

Je félicite également les organisations étudiantes (FIDL, UNL, JOC, JC, JRG, MJS, Jeunes Verts) pour l’initiative qu’elles prennent concernant la tenue d’une votation dans les lycées sur l’orientation, la carte scolaire et la formation des enseignants, en leur souhaitant une participation massive qui prouvera que ceux qui sont au cœur du système se posent de sérieuses questions sur la pertinence des réformes engagées.

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