Communistes de Montrouge
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Le résistible déclin de l’industrie du raffinage

article paru dans le quotidien l’Humanité du 24 février

jeudi 25 février 2010

Grâce à la grève des salariés de Total, la thèse d’un recul inéluctable de cette activité est remise en question. Plus que de surcapacité, les raffi neries souffrent d’inadaptation, due au sous-investissement, analyse la CGT chimie. La future table ronde doit permettre de défi nir une politique nationale. Alors que les projecteurs sont braqués depuis des mois sur la question de l’avenir de l’industrie, le dossier du raffinage de produits pétroliers apparaît comme un cas d’école. Il était de bon ton, jusqu’à ces jours derniers, de présenter cette activité comme condamnée à un déclin inéluctable. Bien des experts, et beaucoup de politiques, vendaient cette thèse sans aucun état d’âme, s’asseyant ainsi, du même coup, sur les problématiques de l’emploi, de l’avenir de bassins entiers, comme sur celle de l’indépendance énergétique. Par-delà ses premiers acquis, substantiels (voir ci-contre), la grève des salariés de Total a, pour le moins, modifié la donne.

Le raffi nage souffret- il de surcapacité ?

C’est le credo général des groupes pétroliers qui crient, pratiquement, à la catastrophe. À en croire Jean-Louis Schilansky, le président de l’organisation patronale, l’Union française des industries pétrolières (Ufip), la baisse des débouchés amènerait à supprimer « 7 à 8 millions de barils par jour, soit environ 10 % des capacités installées en Europe ». La réalité est moins simple. La consommation de produits pétroliers est certes en baisse, de 2,8 % en 2009, de près de 9 % sur dix ans. La crise économique est passée par là, et sans doute aussi, pour une part, les changements de comportement des consommateurs. Mais peut-on parler de surcapacité ? « L’Ufip reconnaît 3 % de surcapacité, relève Carlos Moreira, dirigeant de la fédération CGT de la chimie. Or, la fermeture de la raffinerie de Dunkerque, ajoutée à la fermeture d’une partie de l’installation de Normandie, il y a deux ans, représenterait une réduction de 11 % de la capacité de raffinage. Il y a donc quelque chose qui ne colle pas. » En revanche, le syndicaliste constate une « inadaptation de l’outil industriel ». Et les chiffres plaident en ce sens. Un outil inadapté Les besoins en produits pétroliers ont en effet évolué. Si la consommation d’essence a reculé, celle de gazole a fortement augmenté (depuis 1973, la part du gazole est passée de moins de 30 % à 80 %, celle de l’essence suivant le mouvement inverse). Et s’agissant de gazole, la France est très déficitaire : un tiers de la consommation (10 à 12 millions de tonnes) est importé, principalement de Russie. Or, « depuis vingt ans, pour des notions de rentabilité financière, les pétroliers ont refusé d’investir pour produire en fonction des besoins, accuse Carlos Moreira. Ils ont préféré continuer à produire de l’essence, celle-ci étant exportée pour une bonne part. Ça leur évitait des investissements, et la rente pétrolière était assurée. Demain, on pourrait très bien investir dans l’outil de raffinage pour produire le Diesel au niveau national, pour lequel on est déficitaires actuellement ».

Indépendance énergétique

Pour l’heure, leurs investissements, les groupes pétroliers les orientent avant tout vers l’exploration-production, où les marges bénéficiaires sont les plus élevées (18 milliards d’euros pour Total). S’agissant du raffinage, ils investissent surtout… dans les pays émergents, à l’image du projet de Total en Arabie saoudite, pour une raffinerie d’une capacité de 400 000 barils/jour, à Jubail. Là où, entre autres, les obligations environnementales pèsent moins lourd… Car les pétroliers se plaignent régulièrement des contraintes auxquelles ils sont soumis en Europe – directives sur les émissions de CO2, prévention des risques technologiques et pour la santé, etc. –, qui ont fait baisser les marges sur le raffinage (de 23 euros en moyenne par tonne entre 1995 et 2008, à 15 euros en 2009). « On a eu le sommet de Copenhague, beaucoup de beaux discours sur l’environnement, mais Total veut continuer à polluer comme il veut ailleurs qu’en France », dénonce Carlos Moreira.

La rareté organisée ?

Le syndicaliste ne craint pas d’affirmer qu’ainsi les pétroliers « construisent la rareté dans le raffinage à l’intérieur de nos frontières et dans l’Union européenne, nous obligeant à importer des produits finis. On rend la France dépendante du raffinage réalisé à l’extérieur, ce qui aura pour effet d’augmenter le prix à la pompe. C’est le consommateur qui va payer. Il y a un lien d’intérêt entre la bataille des salariés de Total et l’ensemble de la population ». Autant d’éléments qui justifient la réunion d’une table ronde pour « définir une politique nationale sur le raffinage, sur la réponse aux besoins ».

YVES HOUSSON

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